LE FESTIVAL D’AIX ENTRE LES EPREUVES DE L‘EAU ET DU FEU
Que c’est dur, la vie de Festivalier désormais ! Une Flûte enchantée annulée, ce 11 juillet, pour cause d’orage intense sur Aix-en-Provence - éclairs impressionnants, tonnerre plus sonore que celui de la Reine de la Nuit. Un déluge de pluie a douché la cour de l’Archevêché, ses sièges de bois et jusqu’aux dessous des gradins, faisant fuir avant même l’ouverture, les spectateurs, tandis qu’on baissait le rideau de fer, et le toit de la fosse, et qu’on tentait de protéger les moyens techniques d’ARTE sous une bâche, ARTE dont la captation aura ainsi été rendue impossible, et reportée au 21 juillet …
Le lendemain, sur le chemin du retour vers Paris, 4 heures 40 m de retard avec le TGV Sud Est, pour cause d’incendie d’une machine agricole à proximité des voies. On n’aura pas eu La Flûte, mais bien subi ses épreuves !
On fréquente le Festival d’Aix depuis plus de 50 ans déjà, et si c’est la première fois qu’on aura ainsi croisé le feu, bien loin, convenons-en, l’épreuve de l’eau n’est pas nouvelle, loin de là. On eut aux années 70, on ne sait plus quoi reporté dans la nef de la Cathédrale, refuge traditionnel alors pour - mal - entendre une œuvre chassée de la cour de l’Archevêché par la pluie. On se vit aussi privé du Semele de Haendel, façon Carsen et Christie, on ne vit pas la seconde partie d’un Couronnement de Poppée - celui de Gruber - stoppé à l’entracte…
Plus chanceux , on n’eut qu’à patienter un peu pour attendre la fin d’ondées plus clémentes qui repoussèrent seulement un Eugène Onéguine signé Irina Brooks, et le Requiem inaugural de l’ère Audi. On en a sans doute oublié d’autres, mais pas quelques soirées où le Mistral aidant, on gelait sous des couvertures salvatrices, à l’Archevéché, ou dans quelque autre lieu où le Festival s’installait parfois.
On l’a entendue tant de fois , l’antienne: « c’est si rare, ces annulations ». Elle montre une constante légèreté en matière de risque. Fatalité à la française ? Non, plutôt inconséquence culturelle. Tant pis pour les budgets, les remboursements, les assurances .
Ceux qui connaissent Salzbourg savent qu’après le 18 août, anniversaire de l’empereur François-Joseph, le temps se gâte généralement pour une dizaine de jours au nord de l’Untersberg. Mais on n’en joue pas moins sans problème au Manège des Rochers, cette cour baroque gagnée sur le Berg par excavation du temps des archevèques, et qui sert aujourd’hui de 3° salle au Festival. Et si on y programme tant de spectacles sans craindre les écluses du ciel, c’est que la décision fut de longtemps prise de doter ce lieu à ciel ouvert d’une couverture mobile, qui silencieusement prévient de trop d’ensoleillement, ou sauve des ravages de la pluie et du froid. Ne va-t-elle pas servir de repli, le temps de la rénovation du Grosses Festspielhaus ? Le Ring des deux Kirill, Petrenko et Serebrennikov n’y a t-il pas déjà commencé à Pâques ?
Couvrir la Cour de l’Archevêché a souvent été évoqué, étudié même, mais les autorités de tutelle ont botté en touche, fortes du refus des Architectes des Bâtiments de France, qui ne tolèrent les structures des théâtres successifs qu’on y a installé que parce que réputées démontables, de laisser installer une couverture du même type que chez Mozart. Pourtant, on a bien couvert les cours du Louvre… Mais direz-vous le ciel étoilé au dessus de la cour, c’est tellement magique ; Mais oui, on parle bien de toiture mobile. Mais le problème n’en est plus à une affaire de couverture.
C’est le devenir du Festival qui est en jeu désormais, ou tout au moins son calendrier. Fondé à la fin des années 40 au temps où découvrir la Provence était aussi solaire que joyeux est révolu. On ne connait plus Aix en juillet que sous des températures d’exception, qui se répètent désormais chaque été. Or le public du festival est un public majoritairement âgé qui souffre des chaleurs intenses de la journée. Et pour les artistes, les conditions climatiques extrêmes ne sont pas des plus favorables. On évoque depuis quelques années un changement de calendrier, un report à Mai ou à Octobre - ce qui en matière d’absence de toiture ne résoudrait rien.
Quand à l’état des bâtiments historiques où campe le Festival à partir de Mai, ce n’est guère plus réjouissant. Voilà l’Hôtel de Maynier d’Oppède interdit tant que des travaux - urgents - de confortement des structures et fondations n’auront pas trouvé de financement.
Et faut-il évoquer les restrictions budgétaires de la culture, les dettes du Festival ?
La programmation même est, elle, à revoir : la FROSCH sera sans doute la dernière des productions XXL d’un Festival qui doit chercher d’autres modèles économiques, sauf à taxer toujours plus ses généreux mécènes . Le nouveau directeur artistique, Ted Huffmann, adepte des formes réduites, condensées, (son Couronnement de Poppée, son Billy Budd, vraies merveilles d’intelligence théâtrale en attestent parfaitement), va devoir s’attaquer à tout cela. Et trouver un nouvel esprit pour Aix, comme au temps des fondateurs, qui avec quelques chaises, une estrade dans un coin, une cour et un tilleul, avaient fait, dit-on, du premier Cosi du Festival, un émerveillement.